Je vais commencer par quelque chose qu’on dit rarement : le stress, à la base, c’est sain !
C’est une réponse de survie que ton corps a mise en place depuis des millénaires pour te protéger. Et quand elle fonctionne de façon ponctuelle, elle est d’une efficacité redoutable.
La difficulté arrive quand elle s’installe dans la durée.
Et ça, on le sait souvent dans son corps bien avant de le comprendre dans sa tête.
D’abord, comprendre ce qui se passe vraiment
On confond souvent le stress et la situation stressante. Mais ce sont deux choses différentes.
La situation stressante : la dispute, la surcharge au travail, l’incertitude financière : c’est l’agent stresseur. Ce qui te déclenche.
Le stress, c’est la réponse de ton organisme face à ça. Une cascade biologique, automatique et inconsciente. Ton corps réagit.
Et cette réaction, un endocrinologue du XXe siècle, Hans Selye, a été le premier à la décrire proprement. Il a identifié trois phases.
La première, c’est l’alarme.
Quelque chose te perçoit comme une menace. En quelques secondes ton hypothalamus donne le signal. Tes glandes surrénales libèrent de l’adrénaline et de la noradrénaline. Ton cœur accélère, tes bronches s’ouvrent, ton foie balance du glucose dans le sang, le flux sanguin se concentre vers tes muscles. Tu es prêt·e à fuir ou à te battre.
C’est brutal. C’est efficace. Et face à un danger réel et immédiat, c’est exactement ce qu’il faut.
La deuxième phase, c’est la résistance.
Le stresseur persiste. Alors ton corps s’adapte. Une deuxième hormone entre en jeu : le cortisol. Il mobilise tes réserves énergétiques sur la durée, maintient l’état d’alerte.
De l’extérieur, tu sembles aller mieux. Les signes aigus de l’alarme se sont calmés. Mais sous la surface, la machine tourne à plein régime, en continu. Et elle génère des déchets que ton corps peine à évacuer complètement.
C’est là, dès cette deuxième phase, que le stress commence à coûter cher.
La troisième phase, c’est l’épuisement.
Les réserves lâchent. Le système ne peut plus suivre. Et là arrivent les signaux qu’on connaît bien : la fatigue qui reste, l’irritabilité permanente, les nuits sans vrai sommeil, les infections à répétition, les difficultés à se concentrer, le sentiment d’être à bout sans savoir pourquoi.
Marchesseau appelait ça l’asthénie : l’épuisement nerveux et vital, qui se trouve dans le corps.
La vraie différence entre stress aigu et stress chronique
La différence réside dans la durée et la capacité à revenir à l’équilibre.
Le stress aigu est ponctuel. Une fois la menace passée, un mécanisme de freinage s’enclenche tout seul : ce qu’on appelle le rétrocontrôle négatif. Le cortisol lui-même envoie le signal « c’est bon, on peut arrêter » à l’hypothalamus et à l’hypophyse. L’organisme revient à son état normal.
Le stress chronique, c’est quand le corps reste en état d’alerte : l’agent stresseur persiste, ou bien le système a perdu sa capacité à retrouver le calme.
Il y a une image que j’aime bien pour ça : tu peux faire monter ton moteur dans les tours pour doubler sur l’autoroute : c’est fait pour ça. Mais rouler en sur-régime en permanence… tu finis par casser le moteur.
Notre corps, c’est pareil. Il s’adapte tant qu’il peut et s’épuise petit à petit.
Ce que le cortisol chronique fait à ton corps
En mode aigu, le cortisol est une alliée. En mode chronique, il devient problématique.
Dans ton cerveau. L’hippocampe (celui qui gère la mémoire et l’apprentissage) est très sensible au cortisol en excès. Sur la durée, il se modifie structurellement : les connexions entre neurones diminuent. Tu l’as peut-être vécu : cette sensation de ne plus retenir les choses, d’avoir le cerveau dans le brouillard, de penser comme à travers du coton.
En parallèle, l’amygdale (notre centre d’alarme émotionnel) devient hyperexcitable. Elle se met à détecter des menaces dans le quotidien, les détails, les anticipations. C’est de là que naît l’anxiété persistante, cette sensation d’être en permanence sur le qui-vive.
Dans ton sommeil. Le cortisol suit normalement un rythme circadien : il monte le matin pour te réveiller, et redescend le soir pour laisser la place à la mélatonine. Le stress chronique dérègle ce rythme. Le cortisol reste présent la nuit. Tu n’arrives plus à t’endormir, ou tu te réveilles à 3h avec les pensées qui tournent. Et le manque de sommeil aggrave encore la réponse au stress. Un cercle qui s’entretient tout seul.
Dans ton système immunitaire. Le cortisol a normalement un effet anti-inflammatoire. C’est pour ça qu’on prescrit de la cortisone. Mais à force de l’entendre, le corps finit par ne plus l’écouter. Les cellules immunitaires développent une résistance. Et là, l’inflammation reste active. Tu tombes malade plus facilement. L’herpès qui sort la veille d’un événement important, les rhumes à répétition, les états inflammatoires chroniques…
Dans ton rapport à la nourriture. Le cortisol pousse ton corps à reconstituer ses réserves. Et il sensibilise ton goût aux saveurs sucrées. Des études ont montré que le stress augmente de 77 % les récepteurs au sucre sur la langue. Quand tu te jettes sur le chocolat en période de stress, tu réponds à une injonction biologique.
Angoisse et anxiété : Marchesseau l’expliquait déjà
Ce qui m’a frappée dans les travaux de Marchesseau, c’est qu’il refusait de séparer le corps et la psyché. Pour lui, l’angoisse et l’anxiété s’exprimaient pleinement dans le corps. C’est l’expression d’un terrain épuisé, d’un système nerveux qui cherche à retrouver son calme.
Il distinguait l’angoisse : physique, qui se loge dans le plexus solaire, avec cette oppression dans la poitrine, cette gorge serrée, cette respiration qui se coince, de l’anxiété : plus mentale, faite de pensées qui tournent, d’anticipations, d’une vigilance qui reste en alerte.
Et ce qu’on sait aujourd’hui en neurophysiologie confirme exactement ça. L’angoisse, c’est le système orthosympathique en sur-activation dans le corps entier. L’anxiété, c’est l’amygdale hyperexcitable qui s’emballe dans le cerveau. Deux visages du même dérèglement.
Il disait aussi quelque chose d’essentiel : on n’est pas tous égaux face au stress. Notre historique, notre vécu, notre terrain, tout ça change la façon dont on perçoit et on réagit à un même événement. Ce que la naturopathie appelle l’individualisation. Être plus sensible à certains stresseurs, c’est ton histoire. Et elle mérite d’être entendue, pas jugée.
Alors, concrètement, qu’est-ce qu’on fait avec ça ?
Si tu es en stress aigu : une situation difficile, ponctuelle. L’enjeu c’est d’aider ton corps à boucler la réaction. Le mouvement physique est l’un des outils les plus puissants : il « consume » l’adrénaline et la noradrénaline que le corps a produites pour l’action, et envoie le signal que le danger est passé. Bouger, marcher, respiration profonde, cohérence cardiaque, contact avec la nature… tout ce qui active le système parasympathique est un frein naturel.
Si tu es en stress chronique, c’est un travail différent. Plus lent et plus profond. il s’agit de soutenir les surrénales épuisées, de restaurer le rythme du cortisol, de calmer progressivement l’amygdale. Et surtout de remonter à la cause :
- qu’est-ce qui entretient cet état d’alerte ?
- De quoi ton corps a-t-il besoin pour retrouver l’équilibre ?
C’est là que l’accompagnement naturopathique prend tout son sens. Une lecture de ton terrain, de ton histoire, de ce dont toi tu as besoin.
Pour conclure
Le stress aigu, c’est ton corps qui fait exactement ce pour quoi il est conçu. Le stress chronique, c’est ce même mécanisme de protection qui cherche encore sa sortie.
L’angoisse que tu ressens dans ta poitrine. L’anxiété qui tourne la nuit. La fatigue qui reste. Ce sont des signaux à prendre en compte. Il n’est pas trop tard.
- La première étape, c’est comprendre ce qui se passe.
- La deuxième, c’est expérimenter ce qui aide à revenir à l’équilibre.
- La troisième, c’est intégrer, dans ta vie, des habitudes qui rendent ton organisme plus résilient.
C’est possible. Je t’assure. Je l’ai vécu.


